Art spatial · · 3 min de lecture
Art spatial : histoire, courants et grands illustrateurs
Des gravures de Flammarion aux peintures de Bonestell et aux rendus actuels : comment l'art spatial a montré l'espace avant que l'on puisse le photographier.

L'art spatial, ou art astronomique, regroupe les peintures, dessins et images de synthèse qui représentent des objets et des paysages que personne n'a pu photographier sur place. Surface d'une lune lointaine, anneaux vus depuis une orbite, naissance d'une étoile : l'artiste travaille à partir de mesures réelles et comble ce que les instruments ne montrent pas encore. La discipline se situe donc entre l'illustration scientifique et la peinture de paysage.
Des gravures aux premières peintures
Avant l'ère spatiale, les images du cosmos viennent des livres de vulgarisation. Camille Flammarion en publie de nombreux à la fin du XIXe siècle, et les gravures qui y figurent rendent visibles des idées d'astronome : éclipses, paysages lunaires, ciels vus d'une autre planète. Au début du XXe siècle, le Français Lucien Rudaux, également astronome amateur, peint des vues de la Lune et des planètes pour la presse et pour des ouvrages de référence. Il s'appuie sur les connaissances de son temps et soigne la cohérence des ombres, des reliefs et des couleurs du ciel.
Chesley Bonestell et l'âge d'or
L'Américain Chesley Bonestell, d'abord architecte, devient à partir des années 1940 la figure centrale du genre. Ses peintures de Saturne vu depuis ses lunes, publiées dans le magazine Life en 1944, frappent le public par leur précision. Il illustre ensuite des ouvrages écrits avec des spécialistes, dont The Conquest of Space en 1949 avec Willy Ley, puis la série d'articles du magazine Collier's au début des années 1950 consacrée à la conquête spatiale, à laquelle collabore Wernher von Braun. Sa méthode de peintre, héritée de l'architecture, repose sur la perspective, des contrastes forts et des surfaces rocheuses détaillées. Ces images installent pour des décennies l'aspect que l'on prête aux autres mondes.
L'art spatial à l'ère des sondes
Quand les premières sondes envoient leurs clichés, le genre ne disparaît pas : il change de rôle. En 1962, la NASA lance un programme d'art qui invite des artistes, parmi lesquels Norman Rockwell, Robert Rauschenberg et Andy Warhol, à témoigner des lancements et des préparatifs des missions. Des illustrateurs comme le Britannique David A. Hardy, qui a publié avec l'astronome Patrick Moore, ou le Tchèque Ludek Pesek, prolongent la tradition en s'appuyant sur les données des sondes. L'artiste américain Jon Lomberg a, lui, conçu des images pour le disque d'or embarqué à bord des sondes Voyager. En 1982 se fonde l'Association internationale des artistes astronomiques, qui réunit les praticiens du genre.
Ce que l'artiste montre et ce que l'astronome contrôle
Une exoplanète n'apparaît pour l'instant que comme un point ou une courbe de lumière : toute image que l'on en donne est une reconstitution. L'artiste part des données connues, comme la taille, la température, la distance à l'étoile ou la composition de l'atmosphère, puis choisit un point de vue et une lumière. Pour les nébuleuses ou les galaxies, la question est différente : les clichés des télescopes sont fabriqués à partir de mesures dans plusieurs longueurs d'onde, et la part de choix des couleurs y relève elle aussi d'un travail de représentation. Dans tous les cas, la discipline repose sur une règle simple : ne rien montrer qui contredise ce que l'on sait.
Un genre qui reste vivant
Les outils ont changé. La peinture à l'huile et à l'aérographe a cédé la place au dessin numérique et aux logiciels de rendu en trois dimensions, qui permettent de simuler la lumière d'une étoile ou la diffusion d'une atmosphère. Les images actuelles nourrissent la presse, les musées, les documentaires et les affiches. Les motifs, eux, restent stables : une planète géante coupée par un croissant de lumière, un lever de Terre au-dessus d'un horizon lunaire, une nébuleuse traversée de filaments, un vaisseau minuscule devant un astre immense. On y retrouve la composition de la peinture de paysage, appliquée à des lieux que l'on atteindra peut-être un jour. Les galaxies et les mondes lointains en fournissent aujourd'hui une grande part.
Les affiches Art spatial de la boutique prolongent cette tradition de peinture du cosmos.


